redcarozu
← ActualitésVocabulaire du métier

Check-list de départ : ce que signifie vraiment « tout est dans la valise »

Un terme revient sans cesse avant un tournage : la check-list de départ. Voici ce qu'elle recouvre, comment la lire et pourquoi elle ne se réduit pas à une liste de courses.

Nathalie Dewez · · 4 minutes de lecture

Un mot que tout le monde utilise sans le définir

Dans les ateliers, le mot « check-list » circule dès le premier jour, et chacun l'entend à sa façon. Pour certains, c'est le petit papier collé sur le couvercle de la valise. Pour d'autres, c'est un réflexe mental, une ronde rapide autour de la table avant de fermer le sac. Dans notre module consacré à la préparation du matériel, nous la définissons plus simplement : un document court qui vous oblige à constater, objet par objet, que ce dont vous aurez besoin est présent et en état de marche.

Le mot important est « constater ». Une liste que l'on relit en pensant à autre chose ne protège de rien. Celle qui fonctionne vous demande un geste précis pour chaque ligne : toucher la batterie, lire le niveau de charge, glisser la carte dans le boîtier. C'est ce geste, et non le papier, qui évite la mauvaise surprise sur place.

Ce qu'elle contient, ligne après ligne

Une check-list de départ pour un portrait hors studio s'organise autour de quatre familles : les boîtiers et objectifs, l'énergie, les supports de stockage et les petits accessoires. Pour chaque famille, on note ce qui doit être présent, mais aussi ce qui doit être vérifié. Un objectif dans le sac ne dit rien de l'état de ses lentilles ; une batterie rangée ne dit rien de sa charge.

Nous conseillons de ranger les lignes dans l'ordre où vous ouvrez la valise, pas dans l'ordre alphabétique. Ainsi, la liste suit le mouvement de vos mains et vous évite d'oublier le fond du sac, là où se cachent souvent les chargeurs et les cartes de rechange.

  • Boîtiers et objectifs : propreté, fixation, bouchons
  • Batteries : charge constatée, une de réserve
  • Cartes : formatées, étiquetées, en double
  • Petits accessoires : lingettes, ruban, pochettes

La différence entre vérifier et emporter

C'est la confusion la plus courante chez les débutants. Emporter, c'est mettre dans le sac. Vérifier, c'est s'être assuré que l'objet remplit sa fonction. Une carte mémoire emportée mais restée pleine de la dernière séance ne vous servira à rien devant votre modèle. Un boîtier emporté dont la date et l'heure n'ont pas été contrôlées compliquera le classement des fichiers au retour.

Dans nos exercices, nous demandons aux participants de cocher deux colonnes distinctes : une pour la présence, une pour l'état. Cela paraît lourd les premières fois, puis le rythme s'installe et l'ensemble prend quelques minutes. La seconde colonne est celle qui change réellement la qualité du départ.

Quand et comment la remplir

Le bon moment n'est pas le matin du départ. Une première passe la veille laisse le temps de recharger, de formater ou de remplacer ce qui manque. Une seconde passe, courte, avant de quitter la maison ou l'hôtel sert uniquement à confirmer que rien n'a bougé entre-temps. Cette double lecture est ce que nous appelons, en formation, la vérification en deux temps.

En ces semaines d'automne, une ligne mérite d'être ajoutée : le contrôle de ce qui craint l'humidité et le froid, comme les batteries qui se vident plus vite et les optiques qui se couvrent de buée en passant d'un lieu chauffé à l'extérieur. Il suffit d'y penser lors de la passe de la veille pour prévoir une pochette adaptée.

Adapter la liste à votre manière de travailler

Aucune liste type ne convient à tous. Un photographe qui travaille en lumière naturelle n'emporte pas les mêmes éléments qu'une vidéaste qui monte un petit éclairage de portrait sur site. Le principe reste identique, mais le contenu se construit à partir de vos séances précédentes : notez ce qui vous a manqué, ce que vous n'avez jamais utilisé, ce que vous avez dû emprunter.

Au fil des mises en situation, chaque participant affine ainsi sa propre version. Céline Marchal, qui coordonne ces exercices, insiste sur un point : une liste vivante se corrige après chaque tournage, sinon elle se fige et finit par rassurer à tort. Quelques minutes de relecture au retour suffisent.

La check-list de départ n'est ni un rituel ni une preuve de prudence excessive : c'est un outil de constat, rempli en deux temps, qui sépare ce que vous emportez de ce que vous avez réellement contrôlé. Construite à partir de vos propres séances et corrigée après chacune, elle vous laisse l'esprit libre une fois sur place, pour vous consacrer à votre modèle et à la lumière plutôt qu'à ce qui manque dans le sac.

Écrit par

Nathalie Dewez

Formatrice éclairage

Photographe de portrait depuis plus de dix ans, elle anime les modules d'éclairage et de préparation du matériel.