Déplacements de tournage : les erreurs fréquentes et comment les éviter
Horaires trop serrés, repérage bâclé, transport mal pensé : voici les erreurs que l'on retrouve le plus souvent avant un tournage en extérieur, et les gestes simples pour les éviter.
Nathalie Dewez · · 6 minutes de lecture
Partir sans avoir repéré le lieu
La première erreur que je rencontre chez les participants, débutants comme confirmés, tient en une phrase : « J'ai vu des photos du lieu, ça ira. » Or une image en ligne ne dit rien de la lumière à l'heure prévue, du bruit, de la présence de passants ou de l'état réel du sol. Un repérage, même court, change la manière de préparer tout le reste.
Un lieu qui paraît calme le mardi matin peut être envahi le samedi après-midi. Une cour intérieure charmante peut se trouver à l'ombre dès quinze heures, au moment précis où vous comptiez sur la lumière douce. Ces surprises coûtent du temps, de la patience et parfois la séance entière.
Dans le module consacré aux déplacements, nous travaillons le repérage comme une étape à part entière, avec une fiche simple à remplir sur place plutôt que de se fier à sa mémoire.
- Visitez le lieu à l'heure prévue pour le tournage
- Notez les sources d'électricité et les accès véhicule
- Repérez un abri en cas de pluie ou de vent fort
Sous-estimer le temps de trajet et de montage
Beaucoup de calendriers de tournage comptent le trajet en minutes théoriques et le montage en gestes rapides. En pratique, il faut trouver une place pour se garer, porter le matériel sur plusieurs allers-retours, attendre un interlocuteur en retard, puis installer et tester. Une demi-heure annoncée devient facilement une heure et demie.
Le piège est de bâtir le planning sur le meilleur scénario. Je conseille l'inverse : partez du moment où vous voulez commencer à photographier, puis remontez en arrière en ajoutant à chaque étape une marge réaliste. Cette marge n'est pas du temps perdu, c'est ce qui vous permet d'arriver calme.
En automne, avec des journées qui raccourcissent, cette marge compte davantage encore : la lumière utile disparaît plus tôt, et un retard de départ se paie directement sur la durée de la séance.
- Comptez le portage et le stationnement dans le trajet
- Prévoyez au moins une marge avant la première prise de vue
Oublier le plan B météo et logistique
Une prévision météo consultée la veille ne suffit pas, surtout à cette saison où le temps change vite. L'erreur n'est pas de se tromper sur la pluie, elle est de n'avoir rien prévu si elle tombe. Un tournage en extérieur sans solution de repli dépend entièrement du ciel.
Le plan B ne demande pas d'être sophistiqué. Il peut s'agir d'un second lieu abrité à proximité, d'une plage horaire de report convenue avec la personne photographiée, ou simplement de housses de protection pour le matériel. L'essentiel est qu'il soit décidé avant le départ, pas improvisé sous la pluie.
De même, pensez à la panne de transport : une voiture qui ne démarre pas ou un train supprimé doivent avoir une réponse prévue, même minimale, comme un contact à prévenir.
- Choisissez un lieu de repli à moins de quinze minutes
- Convenez à l'avance d'une date de report possible
- Emportez des protections contre l'humidité
Mal répartir le matériel pendant le transport
Entasser tout le matériel dans un seul sac ou dans le coffre sans logique est une autre erreur courante. Au moment de sortir un objectif ou un câble, on vide tout sur le sol, on perd du temps et on risque de laisser un élément derrière soi. Le transport est aussi le moment où le matériel s'abîme le plus.
Pensez en fonction de l'usage : ce qui sert dès l'arrivée doit être accessible en premier, le reste peut rester rangé plus longtemps. Séparez les éléments fragiles des supports lourds, et ne laissez jamais batteries et cartes mémoire au fond d'un coffre fermé loin de vous.
Cette réflexion rejoint le travail sur les listes de contrôle : un matériel bien rangé au départ se vérifie plus vite à l'arrivée, et surtout au retour, quand la fatigue rend les oublis plus probables.
- Gardez batteries et cartes avec vous, pas dans le coffre
- Rangez dans l'ordre inverse de l'utilisation
Négliger les autorisations et les personnes concernées
Un lieu public n'est pas toujours libre d'accès pour un tournage organisé, et un lieu privé demande presque toujours l'accord de son responsable. Arriver avec un trépied, des sources de lumière et une personne à photographier sans avoir prévenu peut mener à une interruption pure et simple, parfois dès les premières minutes.
Renseignez-vous avant de partir : qui gère l'endroit, quelles règles s'appliquent, faut-il une demande préalable. Un simple courriel envoyé quelques jours plus tôt évite bien des discussions sur place. Pensez aussi à la personne photographiée : prévenez-la de l'adresse exacte, de la durée, de ce qu'elle doit prévoir comme tenue.
Cette courtoisie de départ crée un climat de confiance qui se ressent ensuite dans les portraits eux-mêmes, car une personne rassurée pose plus naturellement.
- Contactez le responsable du lieu quelques jours avant
- Envoyez à la personne photographiée l'adresse et l'horaire
Ne pas tirer de bilan après le tournage
Une fois la séance terminée, on a hâte de rentrer et de regarder les images. C'est pourtant le meilleur moment pour noter ce qui a bien fonctionné dans l'organisation et ce qui a coincé : le trajet était-il trop long, le stationnement trop loin, la marge trop courte ? Ces observations s'effacent vite.
Je recommande de garder une petite fiche de retour pour chaque déplacement, de quelques lignes seulement. Au fil des séances, elle devient une base personnelle précieuse, qui vous évite de refaire les mêmes erreurs et rend la préparation suivante plus rapide.
Dans le parcours, c'est ce que nous faisons après chaque mise en situation : un court échange sur l'organisation, avant même de parler des images. L'habitude se prend vite et change durablement la façon de préparer un départ.
Presque toutes ces erreurs ont une origine commune : on prépare l'image et on oublie le chemin qui y mène. Un repérage fait à la bonne heure, un calendrier avec des marges, un plan B et un matériel bien rangé suffisent à écarter l'essentiel des mauvaises surprises. Prenez ces quelques habitudes une par une, notez ce que chaque départ vous apprend, et vos prochains tournages hors studio gagneront en calme.
Nathalie Dewez
Formatrice éclairagePhotographe de portrait depuis plus de dix ans, elle anime les modules d'éclairage et de préparation du matériel.