Liste de contrôle du matériel avant de décider de partir
Boîtiers, objectifs, batteries, cartes : la liste que je passe en revue avant de dire oui ou non à un départ, avec les points qui font réellement reporter ou confirmer un tournage.
Nathalie Dewez · · 7 minutes de lecture
Pourquoi décider avant de boucler la valise
Une liste de contrôle ne sert pas seulement à ne rien oublier. Elle sert d'abord à décider : partir, partir avec une solution de repli, ou reporter. En ce milieu d'automne, quand les journées raccourcissent et que l'humidité s'invite dans les repérages, cette décision se prend plus tôt qu'en été, parce que la marge d'erreur sur place est plus mince.
Dans mes modules d'éclairage, je vois souvent des participants préparer leur sac en dernier, la veille au soir, puis découvrir qu'une batterie ne tient plus la charge ou qu'une carte affiche une erreur. À ce stade, il ne reste que des mauvais choix. Je propose donc de passer la liste en revue deux jours avant le départ, avec un statut simple pour chaque ligne : prêt, à remplacer, ou bloquant.
Cet article est la troisième partie de notre série sur la préparation du matériel. Il ne reprend ni la constitution du kit ni la façon d'emballer, mais se concentre sur ce qui permet de trancher : les points de contrôle qui valident ou invalident un départ, dans l'ordre où je les examine moi-même.
- Passer la liste deux jours avant, pas la veille
- Trois statuts par ligne : prêt, à remplacer, bloquant
- Décider sur des faits constatés, pas sur des impressions
Les boîtiers : ce qu'il faut réellement constater
Pour chaque boîtier, je ne me contente pas de l'allumer. Je déclenche, je regarde le fichier produit, je vérifie la date et l'heure de l'appareil, et je contrôle que les réglages enregistrés correspondent au type de séance prévu. Un boîtier qui s'allume mais dont le déclencheur hésite est un point bloquant si c'est votre seul appareil.
Je regarde aussi l'état du capteur avec une prise de vue sur fond clair, diaphragme fermé : les poussières se voient immédiatement. Un nettoyage à faire est un statut à remplacer ou à traiter avant le départ, pas un détail à repousser. Sur place, vous n'aurez ni le temps ni l'environnement propre pour le faire correctement.
Enfin, la question du second boîtier se pose ici, pas sur le terrain. Si le tournage ne tolère aucune panne, par exemple un portrait de commande avec un horaire fixe, un appareil de secours transforme un point bloquant en simple contrariété. S'il n'y en a pas, notez-le noir sur blanc : la décision de partir en dépend.
- Déclencher et ouvrir un fichier réel, pas seulement allumer
- Vérifier date, heure et réglages enregistrés
- Prise de vue test sur fond clair pour repérer les poussières
Objectifs, batteries et cartes : trois contrôles distincts
Les objectifs se jugent à la bague et à la lentille. Je fais tourner la mise au point sur toute sa course, j'écoute les bruits anormaux, je regarde par transparence s'il y a de la buée interne, des traces ou des champignons. Une buée interne en automne, après un séjour en cave ou en voiture froide, mérite d'être traitée avant de décider : laissez l'objectif sécher dans un endroit tempéré.
Pour les batteries, la charge affichée ne dit pas tout. Je note l'autonomie réelle observée lors du dernier tournage et je la compare à la durée prévue. Le froid réduit sensiblement la capacité en cette saison : je compte une marge, et je prévois une batterie supplémentaire gardée au chaud dans une poche intérieure.
Pour les cartes, je les formate dans le boîtier, pas sur l'ordinateur, et je fais une écriture continue de quelques minutes en rafale ou en vidéo. Une carte qui ralentit ou qui signale une erreur est écartée sans débat. Mieux vaut une carte de moins que des fichiers corrompus un jour de commande.
- Parcourir toute la course de mise au point de chaque objectif
- Compter une marge d'autonomie pour le froid
- Formater dans le boîtier et tester une écriture continue
Le critère qui fait basculer : la tolérance à la panne
Une fois la liste remplie, je ne compte pas les cases cochées. Je regarde ce qui est resté bloquant et je pose une seule question : ce tournage supporte-t-il cette panne ? Un portrait de famille en extérieur, reportable d'un week-end, accepte beaucoup. Un reportage avec un lieu réservé à heure fixe n'en accepte presque aucune.
Cette lecture change la décision sans changer la liste. Le même objectif légèrement dur à la mise au point sera acceptable dans un cas et rédhibitoire dans l'autre. C'est pourquoi je demande aux participants d'écrire, en tête de leur liste, le niveau d'exigence du tournage : souple, moyen ou strict. Cela évite de se rassurer à tort ou de s'inquiéter pour rien.
Si un point bloquant subsiste et que le niveau est strict, je reporte ou je cherche un remplacement dès le lendemain. Reporter coûte une conversation ; partir avec un doute coûte souvent la séance entière, et parfois la confiance de la personne photographiée.
- Écrire le niveau d'exigence du tournage en tête de liste
- Un même défaut peut être acceptable ou rédhibitoire
- Reporter coûte une conversation, pas une séance
Ce que je note avant de refermer la liste
Je termine toujours par trois lignes que je ne confie pas à ma mémoire : ce qui a été remplacé depuis la dernière fois, ce qui est à surveiller sur place, et ce que je laisse volontairement à la maison. Cette dernière ligne est la plus utile, car elle montre que le kit a été choisi et non simplement empilé.
Je relève aussi la météo prévue et l'heure du coucher du soleil pour le lieu, puisqu'elles conditionnent la durée utile des batteries et le besoin d'une source de lumière d'appoint. Ces éléments ne font pas partie du matériel, mais ils décident de ce qui doit en faire partie.
Enfin, je garde la liste datée dans le sac. Au retour, je l'annote : ce qui a servi, ce qui a manqué, ce qui a surpris. Après quelques tournages, vous disposez d'une liste vraiment adaptée à votre pratique, plus fiable que n'importe quel modèle trouvé ailleurs.
- Noter ce qui a été remplacé, ce qui est à surveiller, ce qui reste à la maison
- Relever météo et heure du coucher du soleil
- Annoter la liste au retour pour l'améliorer
Passer la liste à plusieurs, quand c'est possible
Un regard extérieur repère ce que l'habitude fait oublier. Lors de nos exercices, je demande à deux participants d'échanger leurs listes et de contrôler le matériel de l'autre : le réflexe de vérifier ce qu'on croit connaître revient très vite, et les oublis les plus fréquents apparaissent en quelques minutes.
Ce n'est pas une question de méfiance, mais de méthode. Celui qui a préparé son sac sait ce qu'il pense y avoir mis ; celui qui contrôle voit ce qui s'y trouve réellement. Cette différence suffit à faire apparaître la batterie restée sur le chargeur ou la carte oubliée dans le lecteur.
Si vous travaillez seul, remplacez ce second regard par un décalage dans le temps : passez la liste le soir, puis relisez-la le lendemain matin avant de fermer le sac, en cochant à nouveau chaque ligne. Ce petit rituel attrape une part étonnante des erreurs.
- Échanger les listes entre deux personnes
- Contrôler ce qui est dans le sac, pas ce qu'on croit y avoir mis
- Seul : double passage, le soir puis le matin
Décider de partir ne relève pas de l'intuition : c'est la lecture d'une liste honnête, croisée avec ce que le tournage peut absorber comme imprévu. Passez-la deux jours avant, classez chaque ligne, et reportez sans honte si un point bloquant touche un tournage strict. Une séance reportée se rattrape ; une séance ratée sur place, rarement. Gardez la liste datée et annotez-la au retour : elle deviendra votre meilleure référence.
Nathalie Dewez
Formatrice éclairagePhotographe de portrait depuis plus de dix ans, elle anime les modules d'éclairage et de préparation du matériel.