Mise en situation de tournage : ce qui change au programme cet automne
La mise en situation devient un exercice complet de portrait sur site. Thierry Lambert détaille son déroulement, ce que chaque participant prépare à l'avance et ce qu'il emporte ensuite.
Thierry Lambert · · 6 minutes de lecture
Un exercice complet plutôt qu'une série d'ateliers
Jusqu'ici, chaque module se terminait par un exercice isolé : on vérifiait des câbles dans une salle, on montait une source de lumière dans une autre. Cet automne, la mise en situation relie tout cela en une seule journée de portrait sur site, du chargement du matériel jusqu'à la dernière image contrôlée.
Je suis formateur en logistique, et ce changement répond à une observation simple : les oublis ne se produisent presque jamais dans une étape prise seule. Ils apparaissent aux jonctions, quand la liste de contrôle ne correspond plus au plan de transport, ou quand un accessoire vérifié la veille n'a jamais été remis dans le bon sac.
La mise en situation reprend donc les cinq modules du programme dans l'ordre où un vrai tournage les rencontre. Chaque participant garde la main sur ses choix, et nous intervenons surtout pour poser les questions qui font apparaître un trou dans la préparation.
Le but n'est pas de réussir un portrait spectaculaire, mais de constater, dans des conditions proches du réel, que la méthode apprise tient du début à la fin.
Le déroulement d'une journée sur site
La journée commence par un point de départ : chacun présente sa liste de matériel, son itinéraire et le plan de lumière qu'il a imaginé pour son portrait. Nous relisons ces documents ensemble, sans chercher à les corriger d'avance, pour que les écarts éventuels se révèlent sur le terrain.
Vient ensuite le chargement, puis le trajet. Nous observons la manière dont le matériel est rangé, ce qui reste accessible et ce qui demande de tout défaire pour atteindre une batterie de rechange. Ces détails paraissent anodins en salle, ils pèsent lourd quand on arrive avec peu de temps devant soi.
Sur place, le montage de l'éclairage, les essais et la prise de vue se font à un rythme normal. Céline Marchal, notre coordinatrice pédagogique, passe de groupe en groupe et note ce qui fonctionne comme ce qui coince.
En fin de journée, nous refaisons le chemin inverse : démontage, inventaire, retour. Un matériel mal compté au départ se voit immédiatement à l'arrivée.
- Relecture de la liste, de l'itinéraire et du plan de lumière
- Chargement et transport du matériel
- Montage, essais et séance de portrait
- Démontage, inventaire et retour
Ce que chacun prépare avant de venir
Pour que l'exercice serve vraiment, nous demandons à chaque participant d'arriver avec son propre dossier de préparation. Il ne s'agit pas de rédiger un document parfait, mais de mettre noir sur blanc ce qu'il ferait s'il partait seul, afin que nous puissions comparer le prévu et le vécu.
Ce dossier réunit une liste de contrôle du matériel, un court plan de déplacement avec les horaires envisagés, et une description du portrait visé : lieu, heure, type de lumière souhaitée. Les participants qui travaillent d'habitude en vidéo adaptent l'exercice à leur pratique, la logique restant la même.
Nous insistons sur un point : mieux vaut un dossier modeste mais honnête qu'un document embelli. Un oubli que vous aviez prévu de cacher ne nous apprend rien, alors qu'un oubli assumé devient la meilleure matière de la journée.
Si un doute subsiste sur la forme du dossier, Céline Marchal répond aux questions avant la séance et aide à cadrer ce qui est attendu.
Les imprévus que nous laissons arriver
Une mise en situation qui se déroule sans accroc n'apprend presque rien. Nous ne provoquons pas de pannes artificielles, mais nous ne nous empressons pas non plus de les éviter : un trépied dont la plaque manque, une batterie moins chargée que prévu, une prise éloignée du lieu choisi.
Quand cela survient, le réflexe que nous cherchons à installer est simple : s'arrêter, nommer le problème, regarder ce que contient déjà le sac, puis décider. Souvent, une solution existe parmi les accessoires emportés, à condition de les connaître et de les avoir vérifiés.
Il arrive aussi que la météo de la mi-automne s'en mêle. Une lumière qui baisse plus tôt, un vent qui fait vaciller un support léger, une humidité qui gêne les optiques : ces conditions réelles obligent à adapter le plan de lumière sans repartir de zéro.
Nous notons ces ajustements et nous y revenons au débriefing, car ce sont eux, bien plus que la réussite de l'image, qui montrent le niveau de préparation.
- Accessoire manquant ou incompatible
- Autonomie de batterie plus courte que prévu
- Lumière naturelle qui change en cours de séance
Un débriefing qui part des faits
La séance se clôt par un débriefing de groupe, mené sans jugement. Chacun reprend sa liste de départ et indique ce qui a servi, ce qui n'a pas servi et ce qui a manqué. Cet écart entre la liste et la réalité est le résultat le plus utile de la journée.
Nathalie Dewez, qui anime les modules d'éclairage, commente alors les choix de lumière à partir des images obtenues, tandis que je reviens sur l'organisation du transport et la tenue des accessoires. Chaque participant repart avec des remarques écrites sur sa propre préparation.
Nous ne remettons ni note ni classement. Ce qui compte, c'est que vous puissiez réviser votre liste de contrôle et votre manière de ranger le matériel avant le prochain tournage, en vous appuyant sur ce que vous avez réellement observé.
Les échanges entre participants font partie de l'apprentissage : on découvre souvent chez un voisin une astuce de rangement ou de contrôle que l'on n'aurait pas imaginée seul.
À qui s'adresse cet exercice, et ce qu'on peut en attendre
La mise en situation convient aussi bien aux débutants qu'aux photographes et vidéastes déjà habitués au terrain. Les premiers y trouvent un cadre pour structurer leurs habitudes, les seconds un moyen de repérer les automatismes qui ne les protègent plus vraiment.
Il faut avoir suivi, ou connaître déjà, les bases de chaque module : savoir monter une source de lumière, dresser une liste de matériel, estimer un temps de trajet. L'exercice ne remplace pas ces apprentissages, il les met à l'épreuve ensemble.
Quant aux résultats, restons modestes : à l'issue de la journée, vous disposez d'une liste de contrôle révisée, d'un plan de déplacement plus réaliste et d'un regard plus clair sur vos propres points faibles. Rien de plus, mais c'est précisément ce qui évite les mauvaises surprises ensuite.
Le groupe reste de taille réduite pour que chacun reçoive une attention réelle, ce qui rend les retours plus précis et la journée plus profitable.
- Connaître les bases de chaque module
- Venir avec son propre dossier de préparation
- Compter sur un groupe de taille réduite
La mise en situation de tournage ne cherche pas à produire une belle image, mais à vérifier que votre préparation résiste au terrain, du chargement au retour. Si vous hésitez sur la manière de vous y préparer, relisez vos listes, repérez un lieu proche et venez avec vos questions : c'est de là que la journée tire toute sa valeur.
Thierry Lambert
Formateur logistiqueAncien assistant de production, il enseigne la logistique des déplacements et la vérification des accessoires.